La Norvège, sauvage et majestueuse

Mon cerveau déborde d’images et de souvenirs mythiques dans cette Norvège surprenante par une nature intense et somptueuse. J’avais entendu des bribes de discussions relatant la beauté de cette partie de la Scandinavie, mais mon affection pour les climats chauds orientait mes rêves plutôt vers le sud que vers le nord. Cette épopée nordique je la dois à Maxime, que j’ai décidé de rejoindre pour une montée expresse vers la Scandinavie.

Du Danemark au beau caillou

Un petit jour de repos / lessive dans un vrai camping à Hirtschals à la pointe nord du Danemark nous  permet de préparer un peu notre itinéraire norvégien. Plusieurs éléments déterminent notre périple ; rejoindre Anton, les innombrables tunnels interdits aux cyclistes (cf carte de tous les tunnels norvégiens) et les endroits à visiter absolument.

Dans le camping à Hirtschals nous rencontrons Charles et Anne-Sophie, un couple français qui roulent entre Bergen et Trondheim, on profite du Danemark et du ferry pour partager quelques bières dont le prix est encore accessible à nos maigres budgets.

Ces maigres budgets ne nous permettent pas non plus de nous offrir les luxueuses cabines et nous nous contentons de dormir entre les fauteuils prenant ainsi 4 places au lieu d’une. Une occasion parfaite pour mettre à l’épreuve la tolérance des Norvégiens. Je dors étonnamment bien et finalement je n’ai pas le mal de mer. Bonne nouvelle !

Nous débarquons à 18km de Stavanger et rejoignons le camping situé avant la montée vers le caillou le plus populaire de Norvège : Preikestollen alias Pulpit Rock. Le récit et les photos de l’aventure sur ce roché est détaillé dans l’article une nuit sur un caillou.
(bon je vous remets les photos car elles sont impressionnantes et je sais que vous avez la flemme de cliquer.

 

À deux c’est génial, à trois c’est de la folie furieuse

Retrouver Anton après 5 mois c’était vraiment une belle surprise. Nous allons rouler ensemble une dizaine de jours partageant des routes et des repas pour le moins pittoresques.

Nous poussons nos vélos dans un col enneigé, où Anton s’autorise une superbe descente en bob (son matelas) sur 500m, nous empruntons une ancienne route en zigzag fermée pour cause d’éboulements  dont chaque virage nous amène à 60m plus haut que le précédent. Nous dormons dans des endroits magiques … mais aussi dans une gare.

Nous cuisinons sur un feu sauvagement préparé par Anton. Nous mangeons des kilos de spaghettis, de beurre de cacahuètes et de flocons d’avoine. Il est difficile d’imaginer pour une personne normale la quantité de nourriture qu’un voyageur à vélo peut ingurgiter. C’est aberrant et ça peut être choquant et dispendieux de nourrir un cycliste. Bon, dans un jour normal, la machine brûle 5500 à 6000 calories alors faut bien refaire le plein quelques fois par jour.

Anton nous quitte pour rentrer travailler à Göteborg, ce fou furieux réussi à rouler les 380km qui le séparent de chez lui en 2 jours.

Train, petit col et puis s’en vont

Depuis le début, Maxime souhaitait rouler sur la Rallarvegen (chemin du train) c’est un parcours vtt assez magnifique et populaire en Norvège. Malheureusement pour nous, nous sommes un peu en avance et la neige est encore bien présente sur la piste. Nous décidons de tenter la descente et de faire la montée en train. C’était déjà toute une affaire d’obtenir des billets pour nos bécanes, mais le moment clé ce fut surtout lorsque nos vélos-maisons furent déchargés dans une gare déserte (ressemblant plus à un refuge de montagne qu’à une gare) et que juste avant que les portes du train se referment je questionne le chef du train: vous pensez que c’était faisable la descente à vélo ? Ce à quoi il répond un sourire aux lèvres : nope, y’a encore beaucoup de neige.

Perplexes, nous décidons de tenter le coup, sachants qu’au pire il y aura un autre train le lendemain. Mais avant d’attaquer, on profite de la salle d’attente chauffée de cette gare-refuge pour s’envoyer 450g de flocons d’avoine ;)

La descente est magnifique et finalement il n’y a pas tant de neige. Si ce n’est quelques dizaines de mètres et un mur de neige de 3m pour lequel il a fallu se mettre à deux pour faire grimper chacune de nos maisons de +50kg. Bien que la pluie s’incruste dans notre aventure, le sentiment de liberté est poussé à son paroxysme.Le soir, nous nous accordons un vrai lit + lessive bien mérités.

Le lendemain fut aussi assez délirant quoique plus simple à décrire. Comme je l’ai mentionné plus haut, certains tunnels en Norvège sont interdits aux cyclistes du coup la journée du 17 juin consistait à démarrer de Flåm située sur un bras du Sognefjord (0m) et de grimper sur 16km à 1434m puis de redescendre à Lærdal, un autre bras du fjord (0m). La pluie s’est encore invitée, mais heureusement que pour la descente.

Maxime décide de rouler vers Stockholm et je décide d’aller voir des amis à Ålesund sur la côte. Après 2400km et des poussières, des moments difficiles physiquement, de superbes panoramas plein la tête, et beaucoup de rires partagés, nos routes se séparent et je vais encore te dire merci Maxime de m’avoir traîné chez les vikings.
Vous pouvez consulter les superbes photos norvégiennes de Maxime sur son article

Reprise en solo

Je repars en solo direction Ulsteinvik sur la côte en dessous d’Ålesund où vivent des amis proches de ma sœur. J’ai 360 km à rouler et quelques jolies grimpettes à faire pour y arriver. La météo n’est guère clémente avec moi et je me fais rincer plusieurs fois avant d’arriver dans la famille Souto sur l’île d’Ulsteinvik. Mais la Norvège est magnifique, et même s’il pleut les paysages restent magiques.

 

Repos chez la famille Tove et José Souto

Je suis accueilli comme un prince dans cette famille où il règne une atmosphère super zen et très reposante. C’est pile poil ce que j’avais besoin et ça m’a fait un bien fou de me reposer la tête et les muscles. Invité à la fête de l’été, j’ai la chance d’aller avec la famille de Tove sur une île en bateau et de goûter aux repas et desserts traditionnels. (Oui un cycliste à toujours faim). Après les festivités, nous nous rendons toujours en bateau assister au records du plus grand feu (une tradition en Norvège pour le solstice d’été il faut faire un grand feu). C’était vraiment cool de voir ce spectacle depuis un petit bateau sur la mer de Norvège. Le lendemain je visite la ville atypique d’Ålesund. Une chose dont nous n’avons guère l’habitude chez nous c’est que le trajet est plus court en bateau qu’en voiture. Ålesund est atypique car elle a complètement brûlée en 1904 et fut reconstruite dans un style art-nouveau qui ne ressemble en rien à l’architecture norvégienne. J’ai aussi la chance de participer à un repas de famille chez les parents de Tove, de délicieuses saveurs viennent s’ajouter à mon cheptel gustatif qui ne fait que s’accroître ces 10 derniers mois. Le peu de temps libre qu’il me reste me permet d’entretenir le vélo et d’améliorer ce site internet.

Merci Tove et José pour l’accueil, merci Antony pour ta chambre, merci Mateo, Oliver et Luca pour votre enthousiasme et les échanges. Vous êtes une famille fabuleuse!

2016-06-25 le bateau du père à Tove2016-06-25 une petite maison sur une île norvégienne2016-06-25 Le feu du solstice d'été à Aalesund en NorvègeLe port d'AalesundAalesund

Enfin vers l’est!

Imaginez un peu la situation suivante: je rencontre pas mal de gens sur ma route et beaucoup me questionnent : d’où je viens ? Où je vais? Ok, facile de répondre à la première question, la deuxième est en revanche un peu complexe. Voulant être le plus franc possible avec les gens je dis toujours la vérité, voici une partie de la discussion que j’ai avec les gens traduite en français mais généralement c’est en anglais)

– salut
M – salut !
– tu viens d’où ?
M – de Suisse.
– tu fais tout à vélo
M – oui
– whahou et ça fait combien de temps
M – 2 mois environ 
– et tu vas où ?
M – ben j’aimerais bien pédaler jusqu’au Cambodge, mais j’ai perdu ma boussole ;)
( l’expression des gens est mythique lorsque je réponds ça)
– quoi????? Tu es fou! Et tu es là en Norvège ?
M – hahhaha, ouais, pis j’ai roulé jusqu’au Sénégal l’année passée, mais c’est beau la Norvège, pis c’est l’été alors c’est une bonne période pour être ici
– tu penses voyager combien de temps ?
M – euh je sais pas, jusqu’à ce que j’en ait marre ;)
– Tu es fou!
M – oui mais c’est une belle folie, n’est-ce pas ?
….

 

Bref après avoir quitté la famille Souto, je me dirige enfin vers l’est, vers la Suède. Je profite à fond des dernières montagnes car la suite du périple s’annonce assez plate.